pas d'argent dans la poche

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Stagnation des salaires réels : une politique patronale menée sur le dos des personnes qui travaillent

  • Salaires et CCT
Communiqués de presse

Enquête sur la structure des salaires 2024

Les nouvelles données sur la structure des salaires montrent clairement que les salaires réels moyens stagnent depuis des années, tandis que les actionnaires et les cadres voient leurs revenus augmenter. Malgré une forte demande de main-d'œuvre, les augmentations salariales se font attendre, l'écart salarial se creuse à nouveau et de nombreux employé-e-s ont aujourd'hui moins d'argent dans leur porte-monnaie en termes réels. Lors de la conférence de presse officielle sur l'enquête sur la structure des salaires, Daniel Lampart, économiste en chef de l'USS, a appelé à revenir à une politique salariale plus favorable : les fruits des gains de productivité de ces dernières années doivent enfin profiter aux travailleuses et travailleurs.

L’évolution salariale des dernières années a été défavorable aux personnes qui vivent de leur salaire. Et cela, alors même que les employeurs à travers tout le pays dénoncent une pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Les résultats de l’enquête sur la structure des salaires 2024 (ESS) le confirment désormais : les salaires moyens ont stagné au cours des huit dernières années (+0,1 %), rompant avec les années précédentes. De 2008 à 2016, les salaires réels avaient progressé en moyenne de 1,2 % par an. C’est la norme : la productivité du travail progresse d’environ 1 % par an — y compris ces dernières années. Les salaires réels devraient donc évoluer au même rythme.

Jamais les salaires n’avaient évolué aussi défavorablement que ces dernières années en Suisse. Par le passé, les salaires réels avaient presque toujours progressé, sauf durant la longue récession des années 1990, marquée par un chômage élevé. Ces dernières années pourtant, il y a pénurie de personnel. Les salaires réels, eux, ont reculé.

Croissance annuelle des salaires réels par périodes de cinq ans

(selon l’ISS, hors composante liée aux mutations structurelles, en pourcentage) 
 

Lorsque des hausses de salaires ont tout de même été accordées, elles ont souvent été réparties de manière inégale. Dans de nombreuses entreprises, les employé-e-s de longue date et les personnes plus âgées ont été particulièrement désavantagé-e-s. Pour beaucoup d’entre eux, les salaires nominaux n’ont même pas été ajustés, si bien que ces personnes gagnent aujourd’hui nettement moins en termes réels.

Didivendes en hausse pour les actionnaires et marges confortables pour les employeurs

Quelles sont les raisons de cette évolution défavorable des salaires moyens et bas ? Le principal facteur est une redistribution plus marquée en faveur des actionnaires et des hauts revenus. Lors des négociations, le ton adopté par les employeurs et les cadres dirigeants est parfois frappant. Autrefois, il était entendu que les employeurs compensaient au moins le renchérissement pour leur personnel lorsqu’ils facturaient des hausses de prix à leur clientèle. Or entre 2021 et 2024 – des années de forte inflation –, cette pratique s’est raréfiée. Dans le même temps, les dividendes versés par les entreprises du SPI ont nettement progressé et les marges sont restées élevées (sauf pendant la période Covid).

L’écart salarial se creuse à nouveau : hausses pour les cadres, baisse des salaires réels pour les autres

Entre 2016 et 2024, les salaires du 1 % supérieur ont fortement progressé, contrairement aux salaires moyens et bas. L’écart salarial s’est à nouveau creusé, les cadres s’étant montrés plus généreux envers eux-mêmes qu’envers leur personnel. Les nouvelles statistiques salariales montrent que les salaires réels des cadres ont augmenté entre 2016 et 2024, selon leur niveau de fonction, de 0,5 % à 6 %. En 2024, les salarié-e-s sans fonction d’encadrement touchaient, en revanche, un salaire réel inférieur de 0,5 % à celui de 2016 (mesuré au salaire médian).

Du point de vue syndical, d’autres facteurs ont pesé sur les négociations salariales, au-delà du ton plus dur adopté par les employeurs et les cadres. La faiblesse prolongée des taux d’intérêt a entraîné une hausse des besoins de financement des caisses de pension et des solutions de branche pour les retraites anticipées (construction et artisanat). Dans certains cas, il a fallu renoncer à des augmentations de salaires pour éviter des baisses de prestations. L’inflation apparue à partir de 2021 a surpris après une décennie de stagnation voire de baisse des prix. Face à des employeurs plus offensifs, il aurait fallu, dans les négociations salariales, passer plus vite d’une posture défensive à une stratégie offensive, ce qui n’a pas été simple et n’a pas toujours réussi. La situation s’est encore compliquée par le fait qu’une partie du renchérissement était importée (goulets d’étranglement, hausse des prix des matières premières). De nombreux employeurs ont alors refusé toute discussion salariale, tout en répercutant leurs hausses de coûts sur la clientèle, notamment dans la construction, le commerce de détail, la restauration et même l’industrie. Les résultats de l’ESS publiés aujourd’hui rappellent qu’il faudra désormais, en Suisse aussi, plus de confrontations et une action syndicale plus résolue pour obtenir de véritables hausses de salaires.

Un signe encourageant ressort néanmoins des nouvelles statistiques : l’écart salarial entre femmes et hommes continue de s'atténuer, en particulier parmi les salarié-e-s sans fonction d’encadrement. Mais même dans ce segment, les femmes gagnent encore 5,2 % de moins que les hommes. Il faut poursuivre les efforts pour que la situation des femmes s’améliore réellement.

[discours complet avec graphique]

Responsable à l'USS

Daniel Lampart

Co-direction du secrétariat et économiste en chef

031 377 01 16

daniel.lampart(at)sgb.ch
Daniel Lampart
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