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Écrit par Luca Cirigliano

Contre la suppression graduelle de l’enregistrement de la durée du travail

L’épuisement professionnel, la dépression et d’autres maladies professionnelles dues au stress ont fortement progressé ces dix dernières années en Suisse. Cela n’empêche pas les députés Niederberger et Aeschi de présenter des motions visant à supprimer l’un des garde-fous les plus efficaces contre les maladies psychiques : l’enregistrement de la durée du travail. Ces interventions vont à l’encontre de toutes les connaissances scientifiques : les salarié(e)s et les assurances sociales paieraient les pots cassés.

Il faut éviter que les limites entre temps de travail et loisirs ne s’estompent, affirment en chœur médecins du travail et psychologues. Actuellement, le droit du travail prévoit l’enregistrement obligatoire de la durée du travail pour les salarié(e)s « normaux », les cadres n’entrant pas dans le champ d’application. La loi protège donc aujourd’hui déjà les catégories les plus faibles.

Le conseiller aux États Paul Niederberger (PDC NW) et le conseiller national Thomas Aeschi (UDC ZG) entendent limiter l’enregistrement de la durée du travail. Leurs motions, qui ont pratiquement la même teneur, demandent de donner aux salarié(e) « qui le souhaitent » l’option de renoncer à enregistrer la durée du travail. Le problème des motions, que le Conseil fédéral recommande aussi de rejeter, est qu’il est difficile, dans la pratique, de prouver le caractère volontaire ou forcé de cette décision et que cette option exerce une pression accrue en faveur de l’abolition générale de l’enregistrement de la durée du travail.

Les deux motions trahissent ainsi une bonne dose de cynisme. En effet, il est particulièrement important d’assurer le respect sans réserve des dispositions légales relatives à la durée maximale du travail à une époque où l’essor du travail à domicile, des modèles de temps de travail atypiques et du temps partiel (surtout pour les femmes) est indéniable. Lorsque la durée du travail n’est plus enregistrée, les limites entre travail et repos s’estompent toujours plus, ce qui nuit à la santé. Les études prouvent en effet que la suppression de l’enregistrement du temps de travail est en corrélation avec l’augmentation du stress et des malades psychiques, comme l’épuisement professionnel (« burnout »). En outre, il n’est pas rare que les salarié(e)s se rendent au travail même lorsqu’ils sont malades.

Il est à espérer que cette évidence s’impose aussi au Parlement.

Pour de plus amples informations : Luca Cirigliano : Arbeitszeit kontrollieren statt Burnouts kurieren. Mangelhafter Vollzug der Arbeitszeiterfassung in den Kantonen. Dossier USS no 100 (avec introduction, conclusions et perspectives en français) : http://www.sgb.ch/uploads/media/100df_LC_Arbeitszeiterfassen.pdf

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