Marché de l’électricité: Inutile de pleurnicher, il faut rétablir la stabilité des prix !

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Écrit par Rolf Zimmermann

Un commentaire de Rolf Zimmermann, premier secrétaire de l’USS

En marge du dernier congrès de la branche électrique, le président de l’Association des entreprises électriques suisses (AES) a annoncé, pour 2009, des hausses de prix désor­mais réduites de 6 à 7 %. C’est-à-dire près de la moitié des moyennes articulées l’automne dernier – certaines augmentations devant alors même aller jusqu’à 40 %. Le conseiller fédéral Moritz Leuenberger met le discernement dont les producteurs d’électricité ont fait preuve ici au crédit de la rapide révision de l’ordonnance sur l’approvisionnement en électricité. Le problème n’en est toutefois pas pour autant résolu. Les augmentations du prix de l’électricité n’ont été que différées. Car leur cause première réside dans la libéralisation de ce marché. Importante pour l’économie, la stabilité du prix de l’électricité ne sera garantie que si l’on revient à un approvisionnement contrôlé dans le cadre d’un monopole régional. Ce qui nous renvoie au plan politique, un plan où il s’agit d’entreprendre des modifications conséquentes de la loi et, à tout le moins, de veiller à ce que, au vu de l’échec manifeste de la première étape de libéralisation du mar­ché de l’électricité, il ne soit plus question de la deuxième étape prévoyant une libéralisa­tion totale.

Tout le monde pleurniche aujourd’hui lorsqu’il est question de porter un jugement sur la libéralisation du marché de l’électricité. Dans les médias, les commentaires négatifs s’accumulent. Le président de la Commission fédérale de l’électricité (ElCom), Carlo Schmid, fin connaisseur de la politique suisse, souligne qu’en Suisse, les privatisations et les libéralisations d’infrastructures performantes ne sont pas bien vues par la population. Lors du congrès des électriciens, il a critiqué le fait que cette branche a grossièrement sous-estimé la sensibilité publique en matière de prix de l’électricité. Une étude de l’institut munichois Ifo confirme l’existence, dans l’Union européenne (UE) aussi, d’un scepticisme à l’égard d’une telle libéralisation, scepticisme connu depuis longtemps, mais sans grande influence à ce jour. Cette étude constate que la libéralisation du marché de l’électricité a débouché sur une augmentation des prix dans tous les pays européens. Si bien que l’appel à une plus grande régulation par l’État prend de l’ampleur. Mais une telle mesure est compliquée. Il serait plus simple de renoncer à expérimenter l’ouverture des marchés. De récents articles parus dans la presse confirment que même les grands clients, pour qui la première étape de la loi sur l’approvisionnement en électricité avait été prévue, ne profitent pas du tout de cette « nouvelle liberté ». En principe, ils n’osent pas prendre le risque de s’approvisionner d’eux-mêmes sur le marché, parce que l’ancienne situation les satisfaisait pleinement. Et l’exemple d’une aciérie lucernoise, relaté dans les médias alémaniques du 14 janvier, montre qu’à cause des augmentations générales des prix sur le marché libéralisé de l’électricité, on ne trouve pas d’offres plus avantageuses.

Un « marché libre de l’électricité » est quelque chose d’impossible, car l’approvisionnement en énergie dépend entièrement de réseaux et nécessite, pour des rai­sons purement physiques, une planification complexe. Un marché libre renforce unique­ment la position des producteurs et des négociants, ce qui a pour conséquence des prix élevés. Pendant des décennies, la Suisse a disposé - à la grande satisfaction de la popula­tion, de l’économie et des entreprises publiques d’électricité - d’un système d’approvisionnement en électricité performant et sûr qui a permis, grâce à des coûts de revient bas, de maintenir les prix stables. Le système qui sera mis en place demain devra aussi être jugé à cette aune, et non pas à celle des prix en bourse pour les heures de pointe. La révision de la loi demandée lors de la session parlementaire d’hiver est une opportunité à saisir à cet égard. Les augmentations quelque peu réduites des prix annon­cées par la branche électrique ne servent qu’à embrouiller les choses.

 

Responsable à l'USS

Dore Heim

Secrétaire centrale

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Dore Heim
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