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Libéraliser maintenant le marché de l'électricité ? Surtout pas !

  • Énergie et environnement
Communiqués de presse

Le Conseil fédéral veut l’ouverture totale du marché de l’électricité. Il agrémente cette libéralisation d’une obligation de fournir du courant provenant à 100 % d’énergies renouvelables pour les ménages et les petites entreprises industrielles qui voudraient rester chez leur gestionnaire de réseau de distribution (GRD). Mais combien seront-ils ? Avec l’ouverture complète du marché, la planification sera beaucoup plus difficile pour les entreprises électriques et les incitations à investir dans la production écologique pourraient faiblir. Aujourd’hui déjà, de nombreux GRD proposent du courant d’origine 100 % renouvelable comme produit standard à leurs petits clients, et c’est un succès. Cette part de la clientèle sera réduite après la libéralisation.

Une ouverture complète ne profiterait ni à l’industrie, ni à la population, ni à la branche elle-même. L’organisation actuelle du marché, avec la liberté d’achat pour les gros consommateurs et l’approvisionnement des petits consommateurs par les entreprises électriques locales, a fait ses preuves à tout point de vue : depuis plus de dix ans, la Suisse affiche des prix modérés et stables pour l’électricité, dispose du réseau d’approvisionnement le plus fiable de toute l’Europe et d’une production de courant toujours plus écologique. Les services industriels urbains font preuve d’une grande capacité d’innovation, le réseau – très dense – est bien entretenu et résistant. Les nombreux gestionnaires de réseaux de distribution connaissent au mieux les contextes régionaux et locaux et peuvent assurer un débit continu. À contrario, les ménages allemands ont subi une hausse des prix vertigineuse depuis la libéralisation dans ce pays. En France, le géant Électricité de France (EDF) continue de dominer le marché malgré la libéralisation. Et EDF mise encore à fond sur l’énergie nucléaire.

L’épidémie de COVID-19 a aussi des répercussions majeures sur la branche de l’électricité : avec une économie fortement ralentie et des transports publics réduits, la demande en électricité a chuté abruptement. Les fournisseurs d’électricité ont fort à faire avec cette situation complètement inédite de forte baisse de la consommation qui devrait durer encore plusieurs semaines. Annoncer maintenant une ouverture du marché est une erreur et une provocation. Le Conseil fédéral serait bien mieux avisé de chercher comment aider la branche de l’électricité à traverser cette crise et comment utiliser la reprise qui suivra comme un tremplin pour une transition plus rapide vers une production d’énergie exempte de CO2.

L’Union syndicale suisse (USS) rejette l’ouverture complète de ce marché. L’approvisionnement en électricité fait partie du service public indispensable et ne doit en aucun cas être déstabilisé ! La Suisse a besoin d’une branche de l’électricité qui puisse résister aux crises et qui dispose de suffisamment de professionnels à même de faire avancer la transition énergétique. La politique énergétique du Conseil fédéral doit être guidée par l’objectif suivant : disposer d’une production et d’un approvisionnement en électricité qui soit de haute qualité, fiable et faible en émissions de CO2. Ce n’est ni le bon moment, ni le bon secteur pour procéder à des expérimentations fondées sur la logique du marché !

Responsable à l'USS

Dore Heim

Secrétaire centrale

031 377 01 21

dore.heim(at)sgb.ch
Dore Heim
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