Initiative sur l’or : du banditisme, pas du patriotisme

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Écrit par Daniel Lampart, premier secrétaire et économiste en chef de l’USS/fq

Un marché de dupes préjudiciable aux salarié(e)s

Devons-nous obliger la Banque nationale suisse (BNS) à acheter, alors qu’elle n’en a nul besoin, pour 60 milliards de francs en or aux riches et spéculateurs, surtout de l’étranger ? C’est ce que veut l’initiative sur l’or, la dernière de toute une série d’initiatives toujours plus absurdes du camp nationaliste-conservateur proche de l’UDC. Cette initiative causerait de graves préjudices à la Suisse. Elle contraindrait la BNS à détenir au moins 20 % de ses actifs en or, or qu’elle n’aurait plus le droit de vendre. Si elle était acceptée, la BNS devrait acheter en cinq ans près de 60 milliards de francs en or.

Ils ne veulent que « protéger le patrimoine suisse », prétendent les nationalistes-conservateurs à l’origine de l’initiative. Or c’est le contraire qui est vrai. Les spéculateurs se frottent déjà les mains. Le prix de l’or augmenterait immédiatement. Ceux qui amoncèlent des montagnes d’or et les riches pourraient vendre plus cher leur or à la BNS. Selon des chiffres venant d’Allemagne, les riches dont la fortune est supérieure à 150 000 francs possèdent en moyenne environ 277 grammes d’or valant aujourd’hui 10 000 francs. Ils n’auraient même pas besoin de vendre leur or pour devenir plus riches, car celui-ci aurait tout à coup plus de valeur. Pas étonnant que les spéculateurs étrangers soutiennent la campagne pour l’initiative sur l’or.

Pour les travailleurs et travailleuses de Suisse, cette initiative serait en réalité un désastre. Elle mettrait à mal la sécurité de l’emploi, ferait augmenter les taxes et, le cas échéant, serait source d’inflation.

De fait, elle imposerait un « corset d’or » à la BNS. À cause de cette contrainte, celle-ci pourrait réagir avec moins de flexibilité aux crises et aux problèmes. Et sa politique monétaire serait plus difficile. Salaires et emplois seraient menacés. Si la BNS achetait des devises étrangères et mettait des francs sur le marché pour combattre une force du franc catastrophique, elle devrait, selon l’initiative, toujours acheter aussi 20 % des montants concernés en or. De l’or qu’elle ne pourrait plus jamais revendre, toujours selon l’initiative. Or, après une crise, il est judicieux de revendre les devises étrangères et l’or acquis. Aussi pour éviter une inflation. Si la BNS n’a toutefois pas le droit de le faire, il peut y avoir trop d’argent en circulation. Ce qui risque d’entraîner de l’inflation.

Mais ce serait même pire : à cause de l’initiative sur l’or de l’UDC, le ménage moyen suisse pourrait devoir payer chaque année entre 600 et 800 francs de taxes supplémentaires. Car la BNS fait aujourd’hui des bénéfices avec ses placements, des bénéfices qu’elle reverse à la Confédération et aux cantons. Avant la crise, cela représentait 2,5 milliards de francs par année. L’or ne produit aucun intérêt et la BNS n’aurait pas le droit de le vendre. Donc, elle ne pourrait pas dégager de bénéfice. Confédération et cantons auraient moins de recettes et nous devrions combler les trous avec des hausses de taxes.

L’initiative sur l’or de l’UDC et des milieux qui lui sont proches est un marché de dupes. Comme l’initiative d’Ecopop défendue par des pans entiers de l’UDC, elle porterait un très grand préjudice aux salarié(e)s du pays. Pour empêcher une précarisation de l’emploi, une hausse des taxes et l’inflation, il faut par conséquent lui dire clairement NON le 30 novembre prochain.

Responsable à l'USS

Daniel Lampart

Premier secrétaire et économiste en chef

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