Le nombre de nouvelles rentes AI est en hausse, en particulier chez les jeunes de 18 à 24 ans et les personnes de plus de 60 ans. Cette évolution s’explique principalement par l’augmentation des troubles psychiques. L’AI a donc besoin de ressources financières supplémentaires. Or, comme sa situation financière est déjà précaire, le Conseil fédéral accélère les travaux en vue de la prochaine réforme. La réforme d’intégration constituera déjà la neuvième révision de l’AI en moins de vingt ans. Autrement dit, la loi sur l’assurance-invalidité est révisée en moyenne presque tous les deux ans. Mais le débat politique passe à côté de l’essentiel. Il se focalise sur l’AI, tandis que la responsabilité des employeurs et les conditions de travail sont à peine abordées. C’est pourtant précisément dans ces domaines que se trouvent des causes déterminantes, mais aussi une partie des solutions.
L’AI est une assurance sociale complexe. Elle doit permettre aux personnes atteintes dans leur santé de reprendre une activité lucrative ou de rester en emploi. Lorsque leur revenu ne suffit pas pour vivre, elle doit les soutenir financièrement.
Malheureusement, l’AI n’atteint aujourd’hui ses objectifs que partiellement. Ce sont les assuré-e-s qui en subissent les conséquences. Les personnes qui ne peuvent pas travailler pour des raisons de santé disposent souvent d’un revenu insuffisant et risquent de perdre durablement le contact avec le monde du travail. Au lieu de leur garantir une sécurité financière et sociale, cette situation accroît encore leur détresse psychique.
Le débat politique sur l’AI est trop souvent mené dans une perspective trop étroite. Le point de vue et les besoins des assuré-e-s n’y sont pratiquement jamais pris en considération. La responsabilité des employeurs est également largement occultée. Ceux-ci ont pourtant l’obligation de protéger la santé de leur personnel et de favoriser la réintégration professionnelle. Du point de vue de l’USS, quatre éléments sont particulièrement importants dans le débat actuel :
- l’AI dispose déjà d’un très large éventail d’instruments de réinsertion, dont certains ne sont en vigueur que depuis quatre ans. Avant d’en créer de nouveaux, il faut évaluer en détail les mesures existantes et analyser rigoureusement l’augmentation du nombre de nouvelles rentes. À ce jour, les causes de la progression des troubles psychiques ne sont, par exemple, pas encore clairement établies sur le plan scientifique. De nombreuses hypothèses sont avancées, mais les données empiriques font encore défaut. Le directeur de l’AI l’a lui-même reconnu cette semaine dans la presse (en allemand);
- depuis des années, voire des décennies, les employeurs promettent d’engager des personnes atteintes dans leur santé. Pendant la réadaptation, l’AI va jusqu’à prendre en charge leur revenu sous la forme d’indemnités journalières. Malgré cela, les promesses des employeurs restent lettre morte. Et dès qu’il est question de quotas, ils s’y opposent avec la plus grande fermeté ;
- il faut également insister sur le fait que le travail ne doit pas rendre malade. La protection de la santé au travail relève de la responsabilité des employeurs. Or, dans la réalité, nombre d’entre eux font exactement l’inverse. Ils cherchent à détériorer les conditions de travail en s’attaquant politiquement aux salaires minimums adoptés démocratiquement, au dimanche sans travail et à la durée du travail (certains vont jusqu’à réclamer des journées de 17 heures). Les cantons doivent eux aussi prendre leurs responsabilités. La protection de la santé dans le monde du travail et durant l’apprentissage doit être renforcée et appliquée avec rigueur ;
- enfin, toutes les évaluations confirment ce que les personnes concernées vivent au quotidien, à savoir que l’insuffisance de la prise en charge psychiatrique et psychothérapeutique entrave la réintégration. Il y a trop peu de thérapeutes, les délais d’attente sont longs, en particulier pour les jeunes, et les coûts restent élevés malgré les améliorations obtenues. Il est temps que cela change.
Notre document de référence rassemble les principaux chiffres, évaluations et études. Il propose également une analyse détaillée de la situation du point de vue des salarié-e-s.

