Le Conseil fédéral et le Parlement font depuis longtemps fausse route en matière de financement du système de santé. Ils font presque totalement fi de la préoccupation n° 1 de la population. Et maintenant, ils veulent encore relever la franchise minimale. La charge supplémentaire qui pèsera sur la population est inacceptable pour l’USS.
Les sondages sont unanimes : la charge des primes d’assurance-maladie, devenue presque insoutenable, arrive en tête des inquiétudes de la population. Qui plus est, les ménages sont déjà à bout avec les frais de santé qu’ils doivent payer de leur poche (franchise, quote-part, frais dentaires). En comparaison internationale, la Suisse se situe tout en haut du classement pour ces dépenses directes.
Comme si ces constats ne suffisaient pas à imposer enfin un soulagement réel pour la population, le Conseil fédéral et le Parlement préparent exactement l’inverse. Avec la révision de la LAMal mise aujourd’hui en consultation, la franchise minimale devrait être augmentée massivement. Elle serait d’abord adaptée « au niveau actuel des coûts », puis relevée périodiquement. Et ce alors même que les coûts de santé supportés directement par les assuré-e-s ont déjà augmenté en moyenne de 12 % ces cinq dernières années.
Ce projet est déconnecté de la réalité et profondément contraire au principe de solidarité. Une franchise minimale plus élevée frapperait en premier lieu les personnes âgées et les malades chroniques, qui n’ont aucune marge de manœuvre pour choisir une franchise plus élevée du fait de leur état de santé. Elle nuirait aussi à la santé publique en général. Car la participation aux coûts, déjà beaucoup trop élevée, pousse toujours plus de patient-e-s à renoncer à des prestations nécessaires, au péril de leur santé. Les conséquences sont connues : des souffrances humaines inutiles et, au final, des coûts plus élevés pour tout le monde.
L’USS s’est opposée à ce projet dès le début et poursuivra le combat. Au lieu de vouloir « adapter la franchise minimale aux conditions réelles » (titre de la motion à l’origine de ce projet), le Parlement devrait au contraire adapter de tout urgence le financement du système de santé aux conditions réelles. C’est-à-dire mettre davantage à contribution celles et ceux en ont les moyens, comme c’est le cas partout ailleurs en Europe.

