Une loi qui pose plus de questions qu’elle ne donne de réponses

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Écrit par Véronique Polito, secrétaire centrale de l’USS

Nouvelle loi sur la formation continue

En décembre, le Conseil national empoignera le dossier de la loi sur la formation continue. Les débats promettent d’être chauds autour de la question de la responsabilité de l’employeur, les propositions étant aussi nombreuses que contradictoires. Les différents modèles du congé-formation ne manqueront pas d’alimenter la polémique. Faute d’ambition et de moyens, la loi restera, malgré tout, un projet sans vision qui n’apportera aucune réponse aux difficultés de recrutement de main-d’œuvre qualifiée auxquels font face de nombreuses entreprises, de même que certains secteurs du service public.

L’évolution rapide de la structure du marché du travail exige aujourd’hui des individus une énorme capacité d’adaptation et un développement constant de leurs compétences. Dans ces circonstances, on pourrait logiquement s’attendre à ce que la nouvelle loi sur la formation continue se donne les moyens de permettre à chacune et chacun d’accéder à la formation continue et remédie aux principaux dysfonctionnements du système. L’USS en voit principalement deux.

Disparités sociales grandissantes

Il existe peu de recherches et de données fiables sur la formation continue. Cependant, sur un point, les observations des chercheurs convergent : l’accès à la formation continue dépend du niveau de formation initiale et du niveau de revenu. Plus le niveau de formation et le salaire sont élevés, plus les investissements dans la formation continue le sont également. Cela signifie que la formation continue contribue largement à accentuer les disparités sociales entre personnes qualifiées et personnes peu qualifiées, au lieu de les compenser. En résumé, « la formation appelle la formation », tandis que les personnes non qualifiée en restent exclues.

Le dilemme du temps

La double ou triple charge que représentent un emploi, une formation et des responsabilités familiales est un obstacle à la formation continue. Les dernières statistiques de l’Office fédéral de la statistique (micro-recensement paru le 24 juin 2013) ont montré que, à côté de la charge financière (15 %), le manque de temps (33 %) et les responsabilités familiales (16 %) sont les principales raisons qui conduisent à renoncer à suivre un cours. Une étude de 2011 (econcept) sur les candidats aux examens professionnels ayant suivi des cours de préparation avait également mis à jour ce problème.

La nouvelle loi n’est pas à la hauteur des défis

Aucun des deux constats précédents n’a trouvé réponse dans la nouvelle loi. Le phénomène des disparités sociales a été largement nié, le Conseil fédéral plaidant au contraire pour un renforcement de la concurrence dans « un marché qui fonctionne ». La question du temps et de la conciliation n’a pas fait l’objet d’une analyse sérieuse, ni les instruments disponibles pour y répondre. L’option du congé-formation, par exemple, a été balayée avec des arguments douteux. Le sujet reviendra au niveau des débats parlementaires. Les différents modèles soumis ne réuniront cependant que difficilement une majorité. Il en ira de même des nombreuses propositions de la commission qui visent à renforcer le rôle et la responsabilité sociale de l’employeur.

La promotion des compétences de base en compensation

Principale lueur d’espoir, la promotion de compétences de base a été inscrite dans la loi et a été très largement soutenue en commission. Il s’agit là d’un progrès considérable sachant que les besoins jusqu’à peu n’était pas reconnus, sinon parmi les professionnels et les spécialistes. Les lacunes en mathématiques élémentaires, en lecture, écriture, expression orale (dans une langue nationale) et connaissances informatique sont pourtant très répandues dans la population et peuvent représenter un obstacle insurmontable à la formation continue. On ne peut que regretter, à ce propos, l’absence de moyens financiers supplémentaires pour développer des offres complémentaires dans ce domaine.

Compter sur le personnel qualifié à l’étranger : une vision à court terme

La loi sur la formation continue pose le principe de la « responsabilité individuelle ». En bref, c’est la loi du « laisser-faire ». Pourtant, les pressions que connaissent les salarié(e)s sur leur lieu de travail, qu’ils soient qualifiés ou non, augmentent de jour en jour. Le fait de reporter sur l’individu la seule responsabilité de la formation continue, indispensable pour rester en emploi, augmente cette pression et le sentiment d’insatisfaction. Sachant que de nombreuses entreprises, des établissements privés ou publics (dans le domaine de la santé par exemple) recrutent leur personnel et leur cadre à l’étranger pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, on serait légitimement en droit de s’interroger sur l’absence de volonté politique de favoriser la formation des personnes résidentes déjà dans notre pays et dont le potentiel reste aujourd’hui encore inexploité. Certains partis seraient en effet plus inspirés de promouvoir formation et conciliation famille/travail, plutôt que de favoriser le retour de la femme au foyer…

Responsable à l'USS

Laura Perret Ducommun

Première secrétaire adjointe

031 377 01 23

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Laura Perret
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