Même pour les apprenti(e)s, la maturité n’est plus un luxe !

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Écrit par Véronique Polito, secrétaire centrale de l’USS

Conférence sur les places d’apprentissage du 23 novembre 2012

La prochaine Conférence sur les places d’apprentissage traitera principalement des mutations du marché du travail. L’USS exige d’agir sur deux fronts. Elle plaide pour une augmentation du taux de maturités dans le cadre de la formation professionnelle initiale et pour la mise en place de formations de rattrapage accessibles aux jeunes adultes sans formation.

Le 23 novembre aura lieu à Martigny la Conférence sur les places d’apprentissage. Au programme : désindustrialisation et mutations structurelles. En toile de fond, les esprits s’échauffent sur une autre question, anecdotique en apparence : le taux de maturité. Deux visions s’affrontent. D’un côté, le conseiller fédéral Schneider-Ammann, futur ministre de l’éducation, prêche pour une baisse du taux de maturités gymnasiales, dans le but avoué de favoriser une formation professionnelle essentiellement « pratique ». De l’autre, des âmes bien attentionnées proclament l’avènement d’une société de services exigeant du personnel hautement qualifié provenant essentiellement des universités. Ces deux visions se rejoignent en un point : si on s’aventurait à en suivre une seule, la Suisse irait droit dans le mur.

La Suisse au top des nations industrialisées

Dans les années 90, la politique monétaire restrictive de la Banque nationale et le franc fort avait contribué à faire disparaître de nombreux emplois dans l’industrie. On parlait à cette époque d’une disparition du tissu industriel suisse. Qu’en est-il aujourd’hui ? Vingt ans plus tard, la réalité a démenti les pronostics. En comparaison internationale, la Suisse est aujourd’hui l’un des pays les plus industrialisés au monde : en termes de pourcentage du PIB, la Suisse rivalise avec le Japon et l’Allemagne. Si l’on considère la production industrielle par habitant, la Suisse se trouve même en tête du palmarès international !

Malgré un contexte économique plutôt défavorable à l’industrie, on ne peut donc parler aujourd’hui chez nous d’un phénomène de désindustrialisation. Si la Banque nationale et la Confédération renforcent leurs efforts pour combattre le franc fort et ses effets, on peut rester optimiste sur le maintien du tissu industriel et des emplois ces quelques prochaines années. À ce jour, les jeunes bénéficient encore d’une offre généreuse de places d’apprentissage dans les branches techniques, ces dernières étant souvent confrontées à des difficultés de recrutement de personnel qualifié, tant au niveau des titulaires d’un certificat fédéral de capacité qu’au niveau des diplômés du tertiaire.

Vers une tertiarisation des qualifications

Au lieu de « désindustrialisation », on assiste aujourd’hui plutôt à une « tertiarisation » du marché du travail. Celle-ci se traduit en réalité moins par le déplacement d’emplois du secteur industriel vers celui des services. La « révolution » se situe plutôt dans le transfert des emplois du « bas » vers le « haut ». L’analyse de la structure du marché du travail ne fait à ce propos aucun doute : en vingt ans, les postes hautement qualifié ont augmenté de plus de 60%, tandis que les postes non qualifiés ont diminué d’environ un quart. Le nombre des postes intermédiaires (ouvriers et employés qualifiés) est resté, pour sa part, relativement stable.

Pour répondre à cette évolution, la Confédération a fait preuve de clairvoyance et a mis en œuvre dès les années 90 des réformes de fond. En 1994-95, la création des Hautes écoles spécialisées (HES) et la mise en place de la maturité professionnelle permettant d’y accéder représentent la pierre angulaire de la réforme du système. L’objectif est clair : créer des passerelles pour permettre aux jeunes se lançant dans une formation professionnelle initiale de pouvoir également suivre des études supérieures.

Vu son importance stratégique, il est fort étonnant que le débat public mené ces derniers temps sur la question du taux de maturités n’ait donc jamais tourné autour de la question des maturités professionnelles. À croire que personne, pas même le conseiller fédéral compétent, n’a réalisé que la maturité gymnasiale ne représente que 60% du total des maturités en Suisse, les 40% restantes étant acquises dans le cadre de la formation professionnelle initiale ! 

Hausse du nombre des maturités : plus que jamais une nécessité

Dans cette optique, le débat autour du taux de maturité prend une toute autre tournure. Alors que la part des maturités gymnasiales continue d’évoluer lentement, celle des maturités professionnelles stagne depuis 2005 autour de 12 % par volée. De surcroît, si en 2001, 70 % des jeunes pouvaient effectuer leur maturité professionnelle en cours d’apprentissage, ils ne sont plus que 56 % en 2010.

En réponse aux exigences grandissantes du marché du travail, la question cruciale n’est donc pas de savoir s’il serait opportun de limiter le nombre de maturités gymnasiales au profit de la formation professionnelle. Au contraire, il serait judicieux de prendre des mesures efficaces pour augmenter le taux global de maturités en mettant l’accent avant tout sur la maturité professionnelle en apprentissage. Assurer l’accès à cette dernière permettrait en effet de mieux profiler l’apprentissage auprès des jeunes aux aptitudes scolaires élevées, dans le but de le rendre tout autant attractif que la formation gymnasiale.

Jeunes sans qualifications : sonnez l’alarme !

L’augmentation des exigences sur le marché du travail à un revers de médaille. Chaque jeune sortant du système de formation post-obligatoire sans diplôme se trouve confronté à des difficultés d’insertion grandissantes. Malgré les efforts entrepris ces dernières années pour en limiter le nombre, le taux de jeunes sans formation reste proche des 10 %. Il est essentiel que les partenaires de la formation (Confédération, cantons et partenaires sociaux) continuent d’allier leurs efforts pour offrir une formation post-obligatoire à tous les jeunes. Il devient entre autres urgent de lancer une offensive pour mettre en place une offre de formation de rattrapage adaptée aux jeunes adultes sans formation.

Responsable à l'USS

Laura Perret Ducommun

Première secrétaire adjointe

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Laura Perret
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