Le juteux petit commerce de la préparation à l’apprentissage.

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Écrit par Jean Christophe Schwaab

Il est de notoriété publique que trouver une place de formation est loin d’être simple. La pénurie de places d’apprentissage sévit toujours dans de nombreuses régions - notamment les centres urbains - et de nombreux métiers, comme par exemple dans le secteur santé-social. Pour les jeunes concernés et leurs familles, c’est une situation difficile. Il n’est pas rare de devoir faire plusieurs dizaines de postulations sans succès et de devoir passer par la case « solution transitoire » pendant 6 mois, 1 an ou plus, pour parvenir à ses fins et entrer enfin en formation professionnelle.

Cette situation a donné des idées à quelques petits malins et c’est tout un petit commerce qui s’est monté sur le dos des jeunes et de leurs parents. Il y a tout d’abord les tests « multicheck », « basic-check » et apparentés. Ces tests, exigés par un nombre croissant d’entreprises, y compris des administrations ou des entreprises publiques, sont plutôt chers : entre 100 et 120 francs, une somme qui peut se multiplier s’il faut en faire plusieurs parce qu’on postule dans des entreprises exigeant différents tests ou différentes variantes du même test (la plupart se déclinent en versions par branche). Mais le principal défaut réside dans leur manque de sérieux. Les questions ne sont en général qu’un ramassis d’exercices de pseudo-logique n’ayant rien à voir avec le futur métier ou de questions portant sur des compétences scolaires, qui n’auraient pas besoin d’un tel test pour être appréciées. Ces tests ont tendance à remplacer petit à petit les tests de sélection organisés par les associations professionnelles, qui ont, eux, un réel rapport avec le métier et permettent vraiment d’évaluer les compétences du jeune ou de la jeune qui postule à une place d’apprentissage.

Mais il n’y a pas que les tests. Il y a aussi les cours de préparation aux tests. En effet, les « multicheck » et consorts ont pris une telle importance que des écoles privées proposent désormais des cours pour s’entraîner à passer le « multicheck », bien entendu contre espèces sonnantes et trébuchantes. Un jeune qui voudra mettre toutes les chances de son côté pour trouver une place de formation sera donc incité à ouvrir sa bourse non seulement pour un ou plusieurs tests, mais aussi pour les cours qui y préparent. Au final, l’addition risque d’être lourde, en particulier pour les familles modestes.

Le petit commerce de la préparation à l’apprentissage est loin d’avoir atteint son apogée. En effet, on peut aussi suivre des cours afin de se préparer à postuler pour une place d’apprentissage. Là encore, les jeunes ayant des difficultés à trouver une place de formation n’auront pas d’autre choix que de dépenser à nouveau plusieurs centaines de francs.

Il est temps de mettre un terme à ce déplorable petit business. Tout d’abord, en mettant les tests de sélection genre « multicheck » à la charge des entreprises qui les exigent, même si aucun contrat n’est ensuite conclu. C’est ce qu’a décidé le canton de Vaud, dans sa nouvelle loi cantonale sur la formation professionnelle. Ainsi les entreprises qui souhaitent recourir à un test devront mettre sur pied, grâce aux associations professionnelles, un test qui permette réellement d’évaluer l’aptitude au métier. À moins qu’elles ne préfèrent payer plus de 100 francs par candidat(e) pour un test mal fichu qui n’évalue que l’aptitude à répondre au test et pas la capacité à accomplir avec succès une formation professionnelle.

Il convient en outre de renforcer l’orientation professionnelle, qui aide déjà des milliers de jeunes dans leurs démarches vers l’apprentissage. Ce travail doit être soutenu et valorisé, afin qu’il ne vienne plus à l’idée de personne de dépenser des sommes importantes auprès d’institutions privées dont le but n’est pas d’aider les jeunes à s’intégrer dans le monde du travail, mais de faire des bénéfices.

Responsable à l'USS

Laura Perret Ducommun

Première secrétaire adjointe

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Laura Perret
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