Les 12 premiers spécialistes de la gestion et du développement des organisations syndicales

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Écrit par Ewald Ackermann

Autrefois, ils et elles suivaient l’« École ouvrière de Suisse ». Aujourd’hui, ils et elles suivent la formation « Gestion et développement des organisations syndicales » et peuvent obtenir un brevet fédéral de « spécialistes de la gestion et du développement des organisations syndicales ». Les douze premiers diplômés viennent d’être honorés le 12 avril dernier.

Depuis toujours, les syndicats ont essayé de former leur personnel. Mais cette formation ne prit réellement son essor qu’avec le don considérable fait par Max Weber[1] en 1946. Ainsi naquit l’École ouvrière de Suisse. Au fil des ans, ce cycle se donna toujours plus pour but d’offrir en huit semaines de cours aux futurs secrétaires syndicaux et syndicales une base solide en économie, en droit du travail, en assurances sociales et en histoire du mouvement ouvrier. Une formation que l’Institut de formation des syndicats, Movendo, adapta vers la fin du siècle dernier aux nouveaux défis aujourd’hui posés aux professionnel(le)s des syndicats.

Organiser des campagnes, conduire un projet selon des méthodes modernes, arbitrer des conflits, telles sont quelques unes des principales qualifications demandées à qui veut devenir un ou une spécialiste de la gestion et du développement des organisations syndicales. On le voit bien : cette formation ne se concentre plus uniquement sur le savoir classique autrefois diffusé par l’École ouvrière. Syndicalisation, organisation du travail, communication, activité de conseil, etc. en sont autant d’aspects importants.

« Beaucoup appris »

Les expériences concrètes faites par les nouveaux diplômés durant leur formation sont, aux dires de ces derniers, on ne peut plus positives. Ainsi l’une d’entre eux, Elisabeth Jacchini, présidente d’une sous-fédération du Syndicat du personnel des transports (SEV) déclare avoir beaucoup appris durant le module consacré à la gestion de projets : « Maintenant, je suis capable de m’attaquer avec plus de professionnalisme, de rapidité et d’efficacité aux campagnes du syndicat. » Et pour Max Chopart, autre titulaire du nouveau brevet, qui fut monteur-mécanicien pendant 20 ans avant de devenir syndicaliste professionnel : « Grâce au module sur la gestion de projets, nous avons transformé de fond en comble notre travail dans l’industrie de la région de Zurich/Argovie. Aujourd’hui, j’y dirige une équipe de projet qui fait le travail qu’effectuait autrefois individuellement chaque secrétaire. »

Des modules au lieu de blocs de semaines

Ces deux exemples montrent un autre nouvel aspect de cette formation : son orientation en fonction de la pratique. Ce qui est appris doit en effet pouvoir être mis en pratique. Un autre changement est le renoncement aux anciens blocs de semaines. Désormais, il y a 13 modules représentant en tout 74 jours de formation répartis sur trois ans. Cette formation, parce qu’elle peut se faire aussi en cours d’emploi, devient plus facilement accessible aux syndicalistes ayant des obligations familiales et professionnelles.

La reconnaissance

Mais pourquoi donc un brevet fédéral ? Déjà proposée depuis l’an 2000, cette formation est désormais reconnue au plan fédéral depuis 2008. Responsable de formation à Movendo, Wolfram Müller attire l’attention sur le fait que les syndicalistes professionnels changent souvent d’emploi : « Désormais, ils pourront faire état de qualifications reconnues. Cela aidera à tout le moins ces patrons qui ne peuvent s’imaginer les syndicalistes que comme des porteurs de drapeaux rouges. » Max Chopard confirme : « Après mon radical changement de profession et quelques années d’activité syndicale, j’avais besoin de théorie, mais aussi d’un certificat. » Et s’il a reçu beaucoup d’outils qu’il peut utiliser maintenant, le brevet prouve aussi ses nouvelles compétences.

Pour la première fois, douze candidat(e)s ont réussi l’examen leur donnant droit au titre de « spécialiste de la gestion et du développement des organisations syndicales ». Ces quatre femmes et huit hommes - sept de Suisse alémanique et cinq de Suisse romande - ont été reconnus par l’Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie. Tous et toutes ont dû sacrifier une partie de leurs vacances pour atteindre ce but, mais selon eux, cela ne leur a pas posé de problème, car, s’ils ont beaucoup donné, ils ont aussi beaucoup reçu. Le 12 avril, leurs diplômes leur ont été remis.

Apprendre et agir ensemble

De fait, les tâches des secrétaires syndicaux sont énormes : créer des groupes de membres, conduire des projets, négocier avec les patrons, faire du lobbying, s’adresser aux médias, prodiguer des conseils professionnels,... Les propos de Yves Defferrard (Unia Vaud), qui a réalisé le meilleur travail de diplôme couronné en tant que tel, recoupent ceux de Max Chopard : « Si tu viens d’une profession, tu as certes une grande expérience du terrain, mais il te manque la théorie. Cette théorie, on me l’a donnée. Et aujourd’hui je négocie yeux dans les yeux avec les patrons. » Mais on peut encore mieux prouver l’utilité de cette formation. Yves Defferrard précise en effet qu’« En cas de problème, (il peut) désormais profiter de l’important réseau de relations qui s’est mis en place au fil des ans durant cet apprentissage commun. »

Comment s’appelle cette vertu qui consiste à miser sur les générations de syndicalistes ? La solidarité, à savoir : apprendre et agir ensemble. Une ligne dont la formation syndicale n’a jamais dévié. Et dont elle ne déviera jamais..


[1] Max Weber fut économiste à l’Union syndicale suisse de 1929 à 1940, puis conseiller fédéral à partir de 1951. Son don était explicitement destiné à la formation interne des syndicats.

Responsable à l'USS

Daniel Lampart

Premier secrétaire et économiste en chef

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Daniel Lampart
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