Nouvelles pistes pour une meilleure intégration… si les parlementaires va-t-en-guerre ne l’emportent pas

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Écrit par Doris Bianchi

Le 3 mars, le Conseil national traitera, lors d’une session extraordinaire, un ensemble d’interventions sur la migration. Le Conseil des États en fera de même quinze jours plus tard. Ce sera l’occasion pour la droite de fulminer contre les imams et les requérant(e)s d’asile criminels. Mais certaines interventions permettraient aussi de relever quelques défis importants de la politique de la migration.

Actuellement tendue, la situation sur le marché de l’emploi ne pourra s’améliorer que si l’on protège concrètement les conditions de travail locales et au moyen d’une politique active dans ce domaine. Cependant, exactement les mêmes milieux qui fulminent bruyamment contre la libre circulation des personnes ne cessent de s’opposer à ce que nos salaires soient protégés par des salaires minimaux inscrits dans des conventions collectives de travail (CCT) ou des contrats-types de travail, à ce que des contrôles du marché du travail aient lieu et à ce que les syndicats puissent défendre les droits des salarié(e)s.

Il n’y a toujours pas de CCT de force obligatoire dans des branches où la main-d’œuvre en provenance de l’Union européenne (UE) croît nettement. Pendant cette session extraordinaire, les parlementaires traiteront toute une série d’interventions, notamment de Paul Rechsteiner, Marina Carobbio Guschetti et Hans-Jürg Fehr, qui demandent une application conséquente des mesures d’accompagnement à la libre circulation des personnes. Qui veut prendre au sérieux la main-d’œuvre indigène et trouver des solutions aux problèmes de la politique de la migration soutiendra ces interventions.

Concrétiser l’égalité des chances

Sur le marché de l’emploi suisse, les travailleurs et travailleuses étrangers n’ont pas les mêmes chances que la main-d’œuvre indigène. Les jeunes étrangers sont en particulier concernés par certains handicaps. Pour eux, trouver une place d’apprentissage représente quelque chose d’extrêmement ardu. Toutefois, le Conseil fédéral, reconnaissant la nécessité d’agir ici, propose d’accepter le postulat de la socialiste vaudoise Josiane Aubert, qui demande que soient prises des mesures pour favoriser l’égalité des chances des jeunes étrangers dans leur recherche d’une place d’apprentissage. La situation de celles et ceux qui ne sont pas au bénéfice d’une autorisation légale de séjour est particulièrement difficile. Même très bien intégrés et pouvant faire état de très bons résultats scolaires, ces jeunes sans-papiers n’ont pas la possibilité de commencer un apprentissage. Choquant, tant humainement qu’économiquement.

Le 3 mars, trois motions – du démocrate-chrétien genevois Luc Barthassat, du Vert vaudois Christian van Singer et du Vert genevois Antonio Hodgers – seront traitées. Elles demandent la légalisation des jeunes sans-papiers ; cela, afin de leur permettre de suivre une formation professionnelle ou scolaire supérieure. Or, contrairement à quelques membres bourgeois d’exécutifs ou de législatifs cantonaux, la majorité de droite du Conseil fédéral ne veut pas d’une telle égalité des chances et rejette donc ces interventions. Espérons que la majorité des Chambres fédérales ne suivra pas.

La crise économique frappe de plein fouet les travailleurs et travailleuses étrangers. Leurs déficits linguistiques et de formation pèsent particulièrement lourd dans la balance. Une bonne raison pour investir dans leur formation, afin d’améliorer leurs aptitudes sur le marché de l’emploi. À travers une motion, le socialiste bernois André Daguet propose des bons de formation et des crédits-temps pour promouvoir l’intégration linguistique des migrant(e)s. Les partis de droite devraient désormais passer de déclarations faites du bout des lèvres à l’adoption de mesures concrètes. Pour nombre de migrant(e)s, les cours de langue sont encore trop chers ou difficiles à suivre à cause d’activités la plupart du temps précaires et d’horaires trop longs. La grande importance toujours accordée aux connaissances linguistiques - tant sur le lieu de travail que pour l’octroi d’une autorisation de séjour, respectivement de la nationalité suisse - exige la mise en œuvre de programmes performants. Si la politique de la migration ne parle que d’exigences et de soutien à apporter, il faut donc aussi arrêter des mesures concrètes de soutien.

L’intégration grâce à l’acceptation de la différence

La personne qui ne se sent pas acceptée dans un lieu ne s’y intégrera guère. La Suisse a, à proprement parler, une longue tradition en matière d’acceptation de langues, religions ou particularités culturelles différentes. Jusque là, cette attitude a été synonyme de succès pour elle. Que la différence ne trouve plus sa place dans notre pays est par conséquent en contradiction avec cette tradition. La différence doublée d’un attachement simultané à la Suisse sont des caractéristiques essentielles de l’identité des étrangers et étrangères de la deuxième génération. Aujourd’hui, les secondos et les secondas sont une couche importante de la population suisse. Leurs prestations économiques, culturelles, sportives et sociales sont ne notoriété publique.

Beaucoup d’entre eux ont, en plus du passeport suisse, conservé la nationalité de leurs parents. Mais ils ne sont pas acceptés en Suisse, sinon des propositions comme celle de l’ancienne conseillère nationale Jasmin Hutter finiraient directement dans la poubelle. Jasmin Hutter veut en effet supprimer le droit à la double nationalité pour les futurs naturalisé(e)s. Or, ce droit ne relève aucunement d’une mentalité selon laquelle il s’agirait d’avoir le beurre et l’argent du beurre ; le réclamer ne remet, de plus, pas en cause la loyauté de ces personnes à l’égard de la Suisse. C’est là l’expression de l’identité des secondos et secondas. Si l’intégration de la population étrangère est vraiment le but que poursuit la politique suisse de la migration, il est alors nécessaire que l’on accepte cette différence et cet attachement à la Suisse.

Responsable à l'USS

Regula Bühlmann

Secrétaire centrale

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